Quand le bien-être chasse la santé.

novembre 16, 2014 JOURNAL

voix du nord articles 181014 et 051114

Voilà plusieurs semaines que je manque d’avaler mon petit déjeuner de travers à la lecture de certains articles de mon fidèle quotidien.

La raison ? La prolifération d’articles vantant les bienfaits sur la santé physique et psychologique de pratiques dites de soins, de relaxation, de coaching ou lâcher-prise – et bien d’autres encore – dispensées par des personnes en reconversion professionnelle qui ne voient dans ce marché du bien-être qu’un business à saisir. Car au-delà du bien-être, lecteurs et lectrices, ne vous détrompez pas, il est bel et bien question de gain d’argent au détriment parfois, de la santé des « clients » qui de bonne foi, se laissent séduire par des discours simplistes et rassurants de pseudo professionnels qui font fi d’années d’études et d’ordres professionnels garants de sécurité pour exercer anarchiquement leurs soudaines passions lucratives et risquer insidieusement de mettre sous emprise des personnes rendues vulnérables par l’annonce d’une maladie, d’une perte d’emploi, d’un décès…

Présidente bénévole de Centre d’accompagnement Familial et aujourd’hui de Formation face à l’Emprise Sectaire (CAFFES), souvent je m’interroge sur la légitimité de mon action de prévention des risques de dérives sectaires face à toutes ces nouvelles techniques à forte inspiration New Age. Mais il me suffit de lire les rapports de notre Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES)1 et de nos Parlementaires2 pour comprendre que la récupération de la santé par des artisans du bien-être aux certificats ou diplômes non validés scientifiquement constitue bel et bien une réalité et une menace tant pour la santé publique que pour la santé des individus3 !

Réalité qui broie nombre de familles qui ont le courage de pousser la porte de notre centre d’accompagnement pour nous exposer les effets dramatiques de telles pratiques sur la santé d’un de leur proche. Détournement du parcours de soins classique, perte de chance de guérison, décès sont malheureusement certaines des conséquences tragiques des récits familiaux que nous recevons.

Alors aujourd’hui, prenez garde à ceux qui vous offrent des promesses de paradis artificiels et posez-vous toujours la question de savoir à qui profite la pratique ? Quelle intention se cache derrière un geste gratuit ? N’est-ce pas là les prémisses d’une offre de formation, de progression, de connaissance de soi aux coûts financier et humain démesurés et inattendus ? En conclusion, méfiez-vous des allégations thérapeutiques non validées par la science et souvent extravagantes qui diffusent de faux espoirs de guérison et de bien-être et n’oubliez jamais que les professionnels de santé se soucient eux aussi de la SANTE de leurs PATIENTS et non de leurs clients, et se tournent vers nous pour tenter de limiter la progression de ce nouveau mal social en nous invitant à participer à leurs journées de réflexions sur les moyens de faire face à l’entrisme sectaire dans ce domaine et inscrire leurs patients dans un parcours de soins protégé.

Pour le CAFFES (Cente national d’Accompagnement Familial et de Formation face à l’Emprise Sectaire), Charline DELPORTE, Présidente

 

 

* Référence des articles :
– La Voix du Nord, samedi 18 octobre 2014, « Lui kinésiologue, elle prof de Pilates : leur duo fonctionne
jusqu’en Turquie »
– La Voix du Nord, mercredi 5 novembre 2014, « La sophrologue Annick Preux aide ses patients à faire le point
sur leur vie »
– La Voix du Nord, mercredi 5 novembre 2014, « Lille : et vous, oserez-vous tenter l’expérience de l’hypnose de
rue ? »
1
Guide MIVILUDES : « Santé et dérives sectaires », La documentation Française, avril 2012
2 Rapport n° 480 de Mr Jacques MEZART fait au nom de la Commission d’enquête Mouvements à caractère sectaire : « Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la
santé en danger. », avril 2013
3 Rapport au Premier Ministre de la MIVILUDES, La documentation Française, juin 2011, p.175