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Le mot de la Présidente
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Prévention et vigilance contre les dérives sectaires : les satisfécits d’une présidente d’association bénévole

Si le bénévolat n’est pas payé ce n’est pas parce qu’il ne vaut rien mais parce qu’il n’a pas de prix.

Sherry Anderson

Lille, décembre 2021

En cette fin d’année 2021, où tout semble vu soit noir soit gris au travers du prisme déformant des difficultés économiques, sociales et sanitaires que nous vivons, il n’est pas inutile de se retourner sur un passé récent pour en tirer néanmoins quelques motifs actuels de satisfaction.

Notamment en matière de prise de conscience et de compréhension du phénomène sectaire et par suite de l‘ardente obligation de s’en protéger par une prévention et une vigilance constantes ou encore de s’en défaire par une aide personnalisée visant à annihiler l’emprise que ce phénomène installe pour assujettir ses victimes.

Quelques motifs actuels de satisfaction ?

J’en vois pour le moins trois …

  • Le premier, c’est que depuis que le phénomène sectaire est apparu au grand jour, dans toute sa laideur, à la fin des années 1960, le mouvement associatif n’a jamais été en reste pour alerter les pouvoirs publics et tendre la main aux victimes de ce qui est vite apparu comme constituant, sous le couvert de nobles et innocentes causes, une triple escroquerie intellectuelle, morale et financière. Bénévole, j’ai moi-même été témoin et actrice de cette continuité au sein d’abord de l’ADFI puis du CAFFES où j’ai connu certes de grandes difficultés soit judiciaires soit financières. Mais à chaque fois avec les diverses équipes qui se sont succédées, je me suis relevée pour repartir de plus belle. A croire que ce processus vital de venir, quoi qu’il en coûte, en aide aux victimes était inscrit dans mon ADN.
  • Le deuxième, c’est qu’au final, tout bien pesé, malgré quelques inerties, les médias se sont emparés de ce fait de société, les milieux professionnels et les pouvoirs publics concernés et aptes à traiter du phénomène sectaire ont jusqu’ici fort bien réagi à l’action première du mouvement associatif en lui apportant leurs compétences et leurs moyens afin d’amplifier l’aide aux victimes.A 43 ans, gérante de société, je n’avais pas envie de faire du bénévolat. Mais, mobilisée par l’un de mes proches, je me suis investie pour aidée d’autres familles. Et pour cela, je reconnais avoir bénéficié de ces compétences et moyens des professionnels et pouvoirs publics desquels j’en ai retiré l’expertise qu’on me reconnait aujourd’hui. Laquelle ne s’est pas forgée en un jour mais au contact patient et attentif de nombre d’intervenants chevronnés puis à la mise en œuvre prudente, humaine et toujours évaluée des précieux conseils qu’ils m’ont prodigués. Qu’ils en soient une nouvelle fois publiquement remerciés.
  • Le troisième, dont je suis particulièrement fière au nom des différentes équipes que j’ai représentées, c’est de constater que d’année en année, toutes les démarches que j’ai faites, toutes les séances de sensibilisation que j’ai tenues, tous les articles des différents médias que j’ai suscités, toutes les prises de position administrative ou politique qui ont suivi mes alertes….etc… n’ont pas été vaines puisque nombre de jeunes notamment sont prêts maintenant à continuer le travail engagé et que j’ai un temps relayé à la suite des toutes premières pionnières qu’ont été pour le Nord de la France Mmes Ovigneur et Delplanque.

J’en ai la preuve évidente au sein du CAFFES où, quel que soit le statut de ses membres (salariés en CDI, CDD, volontaires en service civique, stagiaires…), tous s’investissent avec cœur et méthode face aux dérives sectaires. D’une part, avec les moyens modernes de communication et les réseaux sociaux sur lesquels ils surfent facilement et d’autre part, avec les outils plus spécifiques de prévention, très actuels, que le CAFFES développe seul à savoir – une manga « Quatre adolescents face à l’emprise sectaire » revisitée en 2019, – une chanson du rappeur « Le J » présent sur You Tube (1) qui sortira l’année prochaine et – des applications numériques issues d’un partenariat européen intitulé « Boomering : Briser les infox par la pensée critique ». Sans oublier de redynamiser notre site internet pour être toujours plus accessible, l’un de nos projets 2022.

Si ces projets peuvent s’envisager sur 2022, c’est parce qu’ils sont le fruit de tant d’années de mobilisation, de sensibilisation jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Chaque président de la République que j’ai sollicité m’a écouté afin de mieux comprendre l’emprise sectaire et ne pas en oublier les victimes.

Parce que la lutte contre le phénomène sectaire est un sujet qui fait consensus auprès des politiques, de droite comme de gauche, qui au fil des ans ont pris leur part belle dans ce travail, la nouvelle majorité en place actuellement a pris le même chemin.

Je remercie tout particulièrement les Sénateurs-trices, les Député(e)s de notre région des Hauts de France, à l’exemple de Mme LISO, députée du Nord mobilisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et contre les dérives sectaires qui nous accompagne depuis plusieurs années. Quand je l’ai rencontré, je n’ai d’ailleurs même pas eu à me présenter, Mme Liso étant déjà sensibilisée sur le sujet de l’emprise sectaire et connaissant notre centre. C’est donc tout naturellement qu’un travail commun a commencé, reconstituant un groupe d’étude à l’Assemblée nationale sur les dérives sectaires, comme d’autres parlementaires mobilisés par le passé, nous auditionnant afin de partager auprès des députés y participant ce que nous vivons sur le terrain et les missions que nous menons.

Il est fort important pour notre centre de constater le retour de cette prise de conscience politique autour de la dangerosité des dérives sectaires.

Sans oublier les Maires de la Métropole Lilloise où nous sommes basés et dont le soutien régulier à notre centre se poursuit encore aujourd’hui, des élus qui nous ont toujours bien reçus et souhaité travailler avec notre association.

Une action qui rayonne également sur le territoire national et que nous avons pu poursuivre grâce nos subventionneurs, élargis en 2021 de notre projet retenu par l’Etat à hauteur de 100 000€, une fierté et une reconnaissance de notre action menée au quotidien.

Au cours de mes 30 années de bénévolat, j’ai été honorée de la médaille de chevalier de la Légion d’Honneur que je porte dignement, servant mon pays et je ne suis pas peu fière d’apporter cette expertise, parce qu’elle vise une chose avant tout, aider les familles en souffrance.

Ce n’est pas toujours facile, nous faisons du mieux possible et il se peut que nous soyons parfois maladroits dans l’accompagnement. Mais les familles savent qu’elles peuvent compter sur nous et pour elles, nous nous redressons pour ensuite porter haut et fort la voix de ces victimes dont la parole, malgré un contexte difficile en 2021, s’est particulièrement libérée.

En 2022, je souhaite avancer aux côtés de ces professionnels sensibilisés et qui ont à cœur de tendre la main à toutes ces familles déchirées et vivant des situations dramatiques depuis que cet intrus, qu’est l’emprise sectaire, est entré dans leur foyer.

Des professionnels à l’instar de la Miviludes pour laquelle nous nous sommes battus afin de la conserver. Rénovée au sein du CIPDR (2), nous en avons accueillis ses représentants en septembre 2021 afin de renforcer notre partenariat existant depuis près de 20 ans, pour être toujours au plus près des besoins des familles. Ses conseillers sont restés sur le pont malgré les récents bouleversements, ayant hâte de
poursuivre leur travail au service des familles de plus en plus nombreuses.

J’ai retrouvé dans ces rencontres une solidarité nationale, publique, politique et associative.
Je souhaite, à l’aube de cette nouvelle année, qu’ensemble, chacun à sa place, dans ses missions, nous poursuivions cette solidarité dans les mois à venir. Et pour cela, dans ce fait de société qui a toujours été et est encore aujourd’hui spécifique, la Miviludes doit pouvoir travailler dans de bonnes conditions, avec des moyens financiers et humains adaptés à la hauteur de la tâche et du travail qu’elle fourni chaque jour. Car sans elle, ne l’oublions pas, nos associations ne pourraient continuer à avancer.

Qu’ils en soient remerciés. Parce que seul, on avance vite, mais ensemble on va plus loin !

Charline Delporte, Présidente du CAFFES, Chevalier de la Légion d’Honneur

(1) Le J – Emmène moi – (Feat. Jupi) – YouTube et biens d’autres

(2) Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation