La Voix du Nord – 06 / 07 / 15 – Hénin-Carvin: Face à la radicalisation religieuse, «les familles ont besoin d’aide»

Anne, une mère de famille du territoire, est « écoutante » au Centre national d’accompagnement familial et de formation face à l’emprise sectaire. Elle, dont la fille est partie en Syrie, s’inquiète des progrès de la radicalisation.

 Anne se rend deux fois par semaine au siège du Caffes, à Lille.

En février, Anne (prénom d’emprunt) témoignait de son désarroi. Sa fille, convertie à l’islam, était partie rejoindre Daesh, en Syrie, avec son mari et son enfant.

Depuis, Anne conserve un contact précieux avec elle mais demeure sans prise sur cette situation douloureuse. Elle s’est alors investie comme écoutante au Caffes, une association d’aide aux personnes victimes d’emprise sectaire. « Cela me permet d’avancer, de me rendre utile. Nous, il était un peu tard quand nous avons réagi. »

Depuis qu’elle milite, deux familles touchées par l’embrigadement se sont présentées, et deux autres cas viennent de s’ajouter. « Les personnes sont orientées par la Miviludes, la préfecture ou alors elles s’adressent directement à nous. Il faut que les familles aient envie de parler, il faut qu’elle sache que l’association est là pour écouter, apporter une aide psychologique et juridique. Ne pas attendre et se dire que ça va changer. Dès qu’il y a une suspicion, un changement de comportement, il faut en parler. Plus vite on en parle, plus on évite un départ vers la Syrie. »

Anne le constate, « l’État prend un peu plus en compte la problématique de l’islam radical. Il se rend compte que les familles ont besoin d’aide. » Problème, les pouvoirs publics réagissent moins vite que la radicalisation avance. « Cela a pris de l’ampleur, le phénomène n’est pas près de s’arrêter ». Le discours djihadiste touche « beaucoup de jeunes en manque d’idéaux. La propagande leur dit venez ! On va créer un État, vous allez avoir un travail ».

Détection

Face à ces tentations, la riposte doit être rapide : « Il faut mettre en place un suivi psychologique, un jeune qui se radicalise, c’est dès le départ que l’on peut le faire revenir vers son libre arbitre. » Encore faut-il le détecter. « Il peut cacher les signes de la radicalisation, endormir la méfiance comme une jeune fille qui arrête soudain de porter son voile. »

Les moyens manquent. Le Caffes s’appuie sur une quinzaine de bénévoles. « Notre association voudrait embaucher une deuxième personne à temps complet, on sait que ce ne sera pas évident ». Anne rappelle que ce combat doit être mené en commun. « Il faut que tous les intervenants soient formés (Éducation nationale, services sociaux, pénitentiaires) et puissent agir le plus rapidement possible. »

Le Caffes ne tient pas de permanence dans l’agglomération Hénin-Carvin. La plus proche se trouve au Point d’accès au droit quartier des Nouvelles-Résidences, place des Écrins, Saint-Nicolas-les-Arras (premier lundi du mois, 14 h- 15 h 30, reprise en septembre). 03 21 73 85 62.

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