« Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions » – Commentaires du CAFFES – 10/05/17

mai 10, 2017 JOURNAL

Si, en ce jour, notre devoir collectif est de nous remémorer notre passé commun, en refusant à jamais d’oublier les victimes de la traite négrière et de l’esclavage, cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions doit avant tout nous faire penser notre époque contemporaine et nous amener à réfléchir sur la notion même d’esclavage. L’esclavage a-t-il vraiment disparu ? Comme l’explique très bien Géraldine CSIZMADIA, journaliste à la Voix du Nord, dans un article publié aujourd’hui, « l’esclavage moderne existe toujours »[1]. Si l’article limite le phénomène à sa forme la plus communément admise, qui consiste à contraindre un individu à travailler contre son gré et à l’échanger telle une marchandise, il est nécessaire d’entendre le terme dans un sens plus général. On peut donc considérer l’esclavage comme la privation de liberté d’un individu et son exploitation comme un bien matériel, sans considération pour sa dignité humaine.

Les dérives sectaires, une forme d’esclavage moderne

C’est en ce sens que nous considérons l’emprise sectaire comme une forme à part entière de cet esclavage moderne, car les victimes de ces abus témoignent d’une privation de liberté et d’une aliénation mentale et physique. L. Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie, déclarait « Je ferai de vous des esclaves heureux ». C’est ici l’idée qu’il faut retenir. Les groupes à caractère sectaire sont les négriers de notre époque, des navires qui transportent des individus privés de leur liberté, en les enferment dans des prisons moins visibles mais bien réelles, afin d’en tirer un intérêt le plus souvent économique (mais également matériel, psychologique, physique, sexuel, etc.). Ces victimes sont « heureuses » car elles « acceptent » leur condition et leur emprise du fait de la manipulation qu’exercent les dirigeants de ces organisations. La coercition physique de l’esclavage traditionnel est alors remplacée par l’emprise psychologique que détiennent les leaders de ces mouvements caractéristiques de l’esclavage moderne, plus insidieux, mais tout aussi violents. Les victimes de ces manipulateurs peuvent alors perdre toute dignité, tout lien avec le monde extérieur et nagent dans un bonheur de surface, miné par le poids des mécanismes de culpabilisation que mettent en œuvre ceux qui les exploitent.

L’urgence de passer à l’action dans la lutte contre les dérives sectaires

Alors que chacun d’entre nous peut constater la violence avec laquelle notre époque est traversée par le phénomène de la radicalisation islamique, il nous paraît plus que jamais nécessaire de mettre la lumière sur l’ombre qui entoure le phénomène sectaire dans le débat public. Nous nous saisissons donc de l’opportunité que représente cette Journée nationale de mémoire de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions pour interpeler le nouveau Président de la République Française, M. Emmanuel Macron. Alors qu’il s’apprête à prendre ses fonctions et qu’il a fait de la lutte contre cette radicalisation, l’un des objectifs principaux de son mandat, il doit comprendre l’urgence dans laquelle se trouvent ceux qui dénoncent les dérives sectaires. 29 ans après la création de la Miviludes (ex-MILS), seuls quelques rapports parlementaires et des lois très discrètes se sont risqués à pointer du doigt les agissements des manipulateurs qui endoctrinent, avilissent et réduisent au rang d’esclaves de très nombreuses victimes chaque année. Il faut donc que M. Le Président de la République, Emmanuel Macron se saisisse de l’ensemble des moyens qui lui sont confiés pour mener à bien cette mission et honorer ses responsabilités. Il pourra compter sur l’aide de notre association qui accompagne les victimes de ces dérives, pour mener à bien ce projet.

L’équipe du CAFFES, 10 mai 2017.

[1] CSIZMADIA, G. (2017) Est-ce que ça existe encore, l’esclavage ?, La Voix du Nord, 10 mai 2017, p. 40.