EDITO – 20/09/2016 – Manipulation, emprise et embrigadement…au XXIème siècle

septembre 21, 2016 EDITO, JOURNAL

Il y a maintenant 16 ans, alors que j’étais présidente de l’ADFI Nord Pas de Calais Picardie et que, préfaçant le magazine des 25 ans de cette association, j’écrivais ceci :

« Cet ouvrage est consacré aux précurseurs qui, voici vingt-cinq années, décidèrent de dire non à l’embrigadement de nos concitoyens,… à leur lutte menée dans l’indifférence la plus totale et qui, à force de ténacité a ensuite été relayée par les médias pour être aujourd’hui enfin prise en compte par les pouvoirs publics.

Il était temps, au moment même ou, profitant des nouvelles technologies de l’information et de la communication, à l’aube du XXI ème , une troisième vague de « sectes virtuelles » se prépare à déverser sur notre pays son prêt-à-penser totalitaire…»

Qu’en est-il depuis ? 16 ans après ?

Force est de constater qu’aucune leçon n’a été tirée véritablement de l’expérience acquise en matière de manipulation, d’emprise et d’embrigadement, sectaire ou autre, ni tirée des risques inhérents aux nouvelles technologies susceptibles d’être utilisées par ce que j’appelais alors, les « sectes virtuelles ».

J’en veux pour preuve, maintenant que je suis la présidente du CAFFES, une association composée d’une équipe pluridisciplinaire dédiée à l’accompagnement familial, juridique et psychologique des familles et victimes d’emprise sectaire, que :

– d’aucuns s’obstinent encore à y voir l’œuvre de « sectes » et à mener un combat frontal contre elles, ce qui, immanquablement, les conduit à des revers judiciaires, le mot « secte » n’ayant aucune portée juridique. Le comble, c’est qu’au final, cela profite bien plus aux manipulateurs, confortés en creux, par la jurisprudence et ainsi dédouanés de leurs responsabilités, qu’aux manipulés eux-mêmes. De sorte que la constatation des dommages réels subis par ces derniers et les mesures de réparation matérielles et morales auxquelles ils ont droit passent souvent au second plan.

– d’autres s’ingénient, de bonne foi, à défendre bec et ongle, toute information même anonyme circulant sur le web, voire sur le « dark web » au nom de la liberté d’expression. L’intention est louable. Mais ont-ils conscience que la démocratisation de l’outil internet a indéniablement développé de nouvelles formes de communication utilisées par les mouvements sectaires ? En  charriant  son  flot continu d’informations, de vérités, de rumeurs et de mensonges, internet est ainsi devenu l’allié numéro 1 des manipulateurs de tout bord, à tous les niveaux et partout dans le monde.

Face à cette dématérialisation du mensonge, les pouvoirs publics semblent aujourd’hui bien démunis.

Un nouveau défi

En outre, d’autres terrains de manipulations sont également dans le viseur des mouvements sectaires. Le mal-être de nos sociétés contemporaines a ainsi permis l’éclosion de nouvelles techniques thérapeutiques sensées apporter bonheur et développement personnel aux individus en détresse. Derrière ces intentions certes louables, les manipulateurs ne sont jamais bien loin ; le développement de ces pratiques « New Age » coïncide étrangement avec l’augmentation du nombre de thérapeutes en tous genre, présentant ou non des formations reconnues par l’Etat. Le récent décret du 11 aout 2016 issu de la loi de modernisation de santé du 25 janvier 2016 a ainsi permis d’encadrer davantage le titre de psychothérapeute, intensifiant la vigilance portée sur les dérives sectaires dans le cadre de la santé (Voir article publié sur le site du CAFFES du 06 septembre 2016). Ces timides avancées législatives ne doivent pourtant pas occulter la réalité; ces «dérapeutes»  causent encore aujourd’hui des dommages physiques et psychiques souvent irréversibles pour les victimes.

J’ai donc probablement été, il y a 16 ans, un peu trop optimiste en écrivant que la manipulation, l’emprise et l’embrigadement étaient enfin pris en compte par les pouvoirs publics. Ils l’ont été notamment avec la création de la MIVILUDES (la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires créée en 2002), la rédaction de plusieurs rapports parlementaires et la promulgation de quelques discrètes lois mais, depuis l’apparition des nouvelles formes de radicalité et le développement d’internet, les cartes sont maintenant rebattues et un nouveau défi leur est lancé.

Gageons qu’ils ne tarderont pas à le relever et à tout mettre en œuvre pour le gagner. En tout état de cause, l’association CAFFES que je préside est prête à les y aider. En restant à sa place, bien évidemment!