DH -19/10/2016 – Les sectes sont le parent pauvre de la sécurité

octobre 27, 2016 JOURNAL

À la Sûreté de l’État, la lutte contre le terrorisme monopolise tous les services, au détriment de la surveillance des sectes

Les observateurs des organisations sectaires en Belgique s’inquiètent : la lutte contre les sectes n’a plus l’air de faire partie des priorités de nos services publics. En effet, depuis les attentats qui ont frappé la France et la Belgique, le terrorisme monopolise toute leur attention. Le 1er septembre 2015, la Sûreté de l’État a connu une réorganisation de ses services : 40 personnes supplémentaires ont été recrutées et deux services ont été créés pour traiter ces problématiques. Cette réorganisation répond à des besoins concrets et urgents mais a pour conséquence de reléguer au second plan les autres menaces qui peuvent peser sur notre pays comme l’espionnage industriel et la surveillance des sectes. “C’est normal et compréhensible vu le contexte mais on constate que les sectes sont le parent pauvre de la sécurité en Belgique”, observe Sandrine Mathen, chercheuse au CIAOSN (Centre d’information et d’action sur les organisations sectaires nuisibles).

POUR ANDRÉ FRÉDÉRIC, député socialiste qui étudie le phénomène sectaire en Belgique depuis une vingtaine d’années, il est indispensable que le service public continue à se soucier de cette problématique. “Je ne dis pas qu’actuellement, c’est le problème majeur de notre société mais il faut mettre la population en garde contre ses dangers. Les sectes font courir des risques terribles pour la santé physique et mentale de ses victimes et ces dégâts durent parfois toute la vie.” Il faut dire que les dérives de nombreuses sectes peuvent laisser des traces indélébiles chez les victimes. On peut citer la manipulation mentale, l’abus de faiblesse, les abus sexuels et l’escroquerie. “Le danger, c’est de se retrouver face à un groupe dans lequel on n’est plus en mesure d’être libre de penser et d’exercer son esprit critique”, estime André Frédéric. Il cite le respirianisme, courant dont les théoriciens affirment qu’il est possible de vivre uniquement d’air et de lumière et donc de se passer de nourriture. Le mouvement, qui compte plusieurs sympathisants dans notre pays, est accusé d’avoir entraîné la mort d’au moins six personnes dans le monde et a fait l’objet de procès en Australie.

Maïli Bernaerts

La santé comme outil de recrutement

Depuis sa création en 1998, dans la foulée du scandale de la secte de l’Ordre du temple solaire, qui a entraîné la mort de plusieurs dizaines de personnes, le CIAOSN (Centre d’information et d’action sur les organisations sectaires nuisibles) a constaté une grande évolution dans le paysage sectaire belge. “Les grandes sectes sont toujours présentes mais ce qui nous occupe le plus, ce sont les petites églises protestantes et aussi tout ce qui concerne la santé”, explique Sandrine Mathen, psychologue et analyste au centre.

En effet, le thème de la santé est utilisé comme outil de recrutement pour de nombreuses organisations sectaires. “Certains offrent un enseignement censé permettre au malade de capter un courant guérisseur qui permet de soigner les maladies les plus graves. D’autres proposent de guérir à distance. La personne malade est ainsi soustraite à toute forme de suivi médical et met sa santé en danger”, explique le CIAOSN. Ces guérisseurs malhonnêtes, surnommés “dérapeutes”, constituent un véritable danger public. “En retardant le diagnostic de la maladie, ces groupes font perdre un temps précieux au malade, ce qui réduit ses chances de guérison. Certaines pratiques aberrantes appliquées en remplacement de traitements conventionnels peuvent entraîner des morts prématurées.”

Ma. Be.

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